27/01/2026

40% de femmes sur les Foulées de Douarnenez, record battu

Il s'en est fallu d'un rien pour que la parité soit respectée: elles étaient 400 femmes (soit 40% des participants) à arpenter le bitume, ce dimanche matin, lors de la 40ème des Foulées Douarnenistes. On n'a pas les chiffres de la première édition mais à coup sûr, elles n'étaient alors qu'une poignée à oser franchir le Rubicond (en l'occurrence la passerelle du Port Rhu). OSER, oui le mot peut paraître fort et pourtant, il est souvent revenu dans les propos de runneuses hier tétanisées, aujourd'hui totalement décomplexées. Une montée en puissance qui dépasse le cadre strictement sportif. Au féminin, la course à pied est devenue pour beaucoup, une manière de se réapproprier son corps en même temps qu'un élément d'émancipation. Au féminin,  l'approche de la discipline est également sensiblement différente. Illustration avec les propos recueillis sur la ligne d'arrivée des Foulées.

"La course à pied, pour les filles, avant, c'était tabou." Elle n'a pas encore 20 ans, Éloïse, mais déjà conscience qu'il y a encore quelques décennies, le regard porté sur les coureuses était empreint d'une certaine défiance. "Quand on y pense, renchérit Jessy, l'ex footeuse brestoise reconvertie à la course pédestre, il n'y a pas si longtemps les femmes étaient interdites de marathon."

Plus précisément, c'est en 1967 que Kathrine Switzer, camouflée au milieu du peloton masculin et escortée par un garde du corps,brave l'interdit en question en s'alignant au départ du marathon de Boston et devient la première athlète féminine à courir la distance. A l'époque, les femmes ont l'interdiction de courir plus de 800 mètres en compétition internationale. Au-delà, la société patriarcale nord-américaine juge ces efforts physiques trop longs et "trop disgracieux", c'est le terme exact utilisé.

Aujourd'hui, l'anecdote prêterait (presque) à sourire. Mais que l'on ne croie pas que toutes les réticences se soient évanouies. Depuis 1967, il en a fallu du temps pour faire évoluer les mentalités. Il en a fallu du temps pour que les filles apprennent "à se faire confiance", pour reprendre les propos de Jessy.

C'est que, courir dans l'espace public, ce n'est pas toujours sans danger comme le rappelle Sterenn, l'autre Brestoise issue du milieu footballistique. "J'évite à certaines heures de courir seule. La plupart du temps, c'est en groupe que je pratique." Les mentalités heureusement évoluent peu à peu. Et si la présence féminine toutes catégories d'âge confondues,  explose dans les pelotons, on le doit aussi au nouveau rôle joué par les pères de famille au sein du foyer.

"Si je suis là ce matin, c'est aussi parce que le papa s'occupe des deux enfants à la maison", souligne Anaïs (Courir à Pouldreuzic). Du temps, il en faudra encore un peu pour arriver à la parité. "Longtemps je me suis sentie inférieure aux hommes physiquement et surtout mentalement dans la pratique de la course à pied",  avance encore Anaïs. "Et aujourd'hui encore, les femmes sont sous-représentées sur les ultra-trails alors qu'elles sont très capables."

L'évolution va heureusement dans le bon sens. "La course à pied chez les filles, c'est un vrai phénomène de mode, les filles attirent les filles", lancent Séverine et Chloé, brillantes représentantes du Club d'Athlé Plaisir de Douarnenez.

"Et vu qu'il y a davantage de pratiquantes dans les clubs, on peut courir par groupes de niveaux." Cette dimension collective dans un sport par essence individuel, voilà encore une approche qui séduit nombre de femmes.

Tout comme l'absence d'esprit de compétition. "Ce n'est pas du tout ce qu'on recherche", avance Sterenn. "On est complètement détachées de la performance. Ce dimanche matin, on est venues faire un petit truc sympa entre copines", confirme la Douarneniste Mône tout en dégustant le diététique kouign aman gracieusement offert à l'arrivée.

Autre élément qui joue en faveur de cette nouvelle génération décomplexée, le rôle des réseaux sociaux. Toutes soulignent leur importance à commencer par  Nolwenn et Mélissa , deux copines venues se tester sur la distance. "Il y a beaucoup d'influenceuses qui s'y affichent, détaillent leurs perfs. On s'est dit : Pourquoi pas nous ?"

A l'image d'une Katie Schide ou d'une Blandine L'Hirondelle, ces influenceuses moins focalisées sur la domination inspirent toute une génération de coureuses bien au-delà  du cercle des courses Elite. Pour n'en retenir que l'essentiel, ce qui prime et devrait réunir hommes et femmes, ça reste le plaisir de courir.

Rubrique Carte Blanche à Marc Férec

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